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Anthony ou la logistique éthique et responsable

On ignore souvent que Sète est le deuxième port de commerce français en Méditerranée. L’entrepôt d’Anthony, un grand gaillard de 32 ans à l’accent chantant, y semble posé sur la mer. C’est sur l’un de ses quais de déchargement, avec les cris des mouettes et le remous des vagues en fond sonore, que je le rencontre. Devant nous se tient un ballet de chalutiers qui partent à la pêche et de cargos qui arrivent des quatre coins de la grande bleue pour décharger leurs marchandises. 

Le soleil, la mer et les pieds dans l’eau… On pourrait facilement tomber dans le cliché du gars qui a trouvé la bonne planque pour se la couler douce. Pourtant, l’ambitieux projet d’Anthony est sur le point de décoller. Cela fait six mois qu’il a investi cet ancien entrepôt frigorifique pour y tenter son pari fou : construire un entrepôt logistique dont la RSE serait la clé de chaque décision. En ce début d’été 2021, l’entreprise Boost n’occupe encore qu’une partie de l’imposant bâtiment de 10 000 m2. Mais Anthony voit les choses en grand : “Si on veut avoir de l’impact sur la logistique e-commerce en France, il faut qu’on ait la capacité de croître rapidement.” 

Comment Anthony en est-il arrivé là ? Après une enfance montpelliéraine et des études canadiennes, il commence sa carrière dans la logistique humanitaire. “Avoir de l’impact a été et sera toujours le garant de ma motivation,” explique-t-il. Trouver des solutions rapides et efficaces à des problèmes cruciaux et faire réellement la différence dans la vie des gens, voilà ce qui l’anime. Et puis, bien sûr, l’adrénaline : en six ans, il a traversé une quinzaine de pays en crise, du Sud Soudan au Congo en passant par la Syrie. "Ça permet de relativiser,” résume-t-il, sourire en coin. On devine chez lui une capacité à processiser l’urgence et à gérer la diversité au sein des équipes. “J’étais au Soudan du Sud lorsque la guerre civile a commencé en 2013. On se retrouve à manager des personnes appartenant aux deux ethnies belligérantes au sein d’une seule et même équipe. Malgré les différences, il fallait avancer ensemble et rester concentrés sur notre objectif commun : aider les populations civiles qui en avaient le plus besoin.” En terme d’exercice d‘intelligence émotionnelle, on peut difficilement faire plus poussé. “La question est à la fois simple et complexe : comment réussir à faire groupe ?”

Il rentre en France au début de l’année 2020 avec en tête l’idée de lancer son propre projet. Pris de court par la pandémie de Covid-19 et les confinements, il intervient pendant neuf mois au sein de la cellule de crise de l’AP-HP avant de lancer le projet logistique Boost, à l’automne de la même année. Comment passe-t-on de l’humanitaire au e-commerce ? “L’entrepreneuriat pour moi, c’est l’observation des dysfonctionnements et vouloir montrer que c’est possible de faire mieux.,” déclare-t-il, avant de livrer son implacable analyse :  “Avec la crise, le e-commerce a explosé, et avec lui les externalités négatives liées à la logistique et au transport. L'environnement et le social sont les deux sujets qui cristallisent le secteur aujourd’hui.” Et si on essayait de changer ça ? 

De là naît le projet d’implanter une structure de préparation de commandes e-commerce dans un bassin majeur de chômage français. Ca tombe bien, son Hérault natal est le deuxième département métropolitain avec le plus de chômage. Il y met en place un programme de réinsertion sociale et développe des solutions et technologies éco-responsables à chaque étape de la chaîne - bref, de la logistique d’un nouveau genre. Vient ensuite la découverte, presque par hasard, de ce bâtiment hors du temps, multimodal, en liaison directe avec les quartiers défavorisés de Sète, qui n’attendait rien ni personne mais qui cochait pratiquement toutes les cases du projet d’Anthony. Et enfin, arrive l’obtention d’aides et de subventions, un sujet qu’il domine grâce à son expérience humanitaire. Elles lui permettent de démarrer son projet avec l’appui des collectivités locales et de réseaux d’entrepreneuriat à impact.  

Son ambition ? D’une disruption ponctuelle faire un modèle. Essaimer demain des entrepôts Boost en France et en Europe, qui porteraient les mêmes valeurs fondamentales et viendraient redynamiser les tissus sociaux et montrer que de nouvelles formes de réinsertion professionnelle sont possibles. “On peut faire du business tout en respectant la planète et les gens avec qui on travaille. Je suis convaincu que quand on est dans cette dynamique, l’inverse devient vrai : respecter la planète et les autres peut devenir un générateur de business,” conclut-il.

 

5 fun facts

Un objet de son bureau : "J'ai un mini chariot élévateur construit en Lego offert par notre fournisseur. Ça me sert de rappel : je pense que c'est important de mettre la main à la pâte, d'aller de temps en temps préparer des commandes et de conduire les engins pour ne jamais perdre le contact avec le quotidien des équipes."

L’époque de l’histoire où il aurait aimé vivre : Le futur ! Pour connaitre le fin mot de l'histoire sur la création de l'univers, les aliens, tout ça.
Un endroit pour s’inspirer : L'étranger, de façon globale aller voir ce qui se fait ailleurs. Ça donne des idées, ça challenge les certitudes. 

Un podcast à écouter : Hidden Brain : Un podcast sur la recherche en psycho accessible à tous. Pour tous ceux qui sont fascinés par les comportements humains !

Une citation : "Injustice anywhere is a threat to justice everywhere." - Martin Luther King

 

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